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Extraits de "Le marcheur"
Vous êtes fiers de vos mots crus.
Vous pensez: la voie est libre
Pour la crampette facile, les bosses infatigables.
Ce n'est pas vous qui payeriez de petites femmes.
Vous n'avez que faire de frisotter, de bougonner les billards,
De libérer l'apéro, vous ne buvez pas d'alcool.
Vous vous posez dans le bois, vous attendez l'étincelle.
Les sodas frémissent bien frais: votre marée.
Vous ne pouvez imaginer tenir une rue comme un bouquet.
Pour vous, une rose ne peut être que visible.
Un bistrot n'a pas de fougères, de silence, d'espace.
La vraie vie ne partage pas ses grillons.
*
La maladie je la vois, elle me téléphone.
Elle prend le visage de ceux que j'aime.
Elle était autrefois la salle d'étude, le soir,
Quand le pion ne voulait pas ouvrir son journal,
Quand il me fallait garder les muscles, la chair haute.
Elle était la coupe suspecte des fleurs, roses,
Vanille des marronniers,
La fenaison de sable des tilleuls,
Les femmes évidentes pour les autres,
Les mots qui n'auraient jamais dû être opposés.
Elle se glisse ce matin dans ce livre si juste
Que je suis le pyjama entrouvert sur l'âge qui monte.
Je n'aurai jamais assez de chiens pour me libérer de la chasse,
De l'éternelle petite fille, gouine de la mort.
Extraits de "Poèmes courts suivis d'un long"
Douceur des rues. Les femmes portent des petits bérets.
Dernières roses. Dernières tendresses
Ah! Que revienne la fille au pull blanc
La Seine rêve, puis s'enflamme.
J'ai trop écrit, mal vécu
Chambres à chambres, villes à villes.
Les bateaux n'ont pas chanté, les fleurs ne murmurent.
J'ai peur d'avoir sacrifié à la seule féerie.
*
Le vent ne te brûlera. Jungles, déserts, cessez!
Voici la ville. Quel était ce secret longuement poursuivi?
Là, tu trouveras le vin droit, la phrase franche.
Au port, ruissellent les voiliers, bagarrent les saumures.
Ah! s'asseoir aux terrasses des cafés des après-midis entières!
Les filles songent. Les garçons durcissent le tabac.
Au pays, ta mère est au jardin, ta sœur coud
À la croisée, parfois s'enflamment ses longues nattes.
Tant de force, de cœur, d'aventures féroces!
Mers ouvertes. Continents pris, abandonnés!
Pour quel secret? Ecoute. Les platanes frémissent.
Prends ton chapeau. Avance. Enferme tes mains dans les miennes.
Tu ne seras jamais seul.
*
Sort du bureau. Papillote
Cherche un film, hésite
Achète une friandise chez un charcutier
Il ne devine pas. Il a peut-être mal.
Un demi. Derrière le tabac,
Assise. Il voudrait.
Un sac de fourrure, elle le retrousse
Courage, ça va passer.
Cette garce dans le métro
Une érection, une priapée de moineau
Monte de biais, glisse sur son lit.
Un talon. La mort. Moins.
Extraits de "Biographies"
Elle s'inclina. Étincela
Noua, d'un trait, ses cheveux courts.
Dire que nous aurions pu marcher ensemble
Devant la seule maison qui me bouleverse.
La pluie s'est tue. Paris lève
Une auto, des hommes chantent
Elle prend une cigarette, l'abandonne
Je m'avance, hésite, tremble.
L'ombre bleue, les passants limpides
Un baiser immense. Une vie immense
Je te prends l'épaule, nous nous prenons la main
Ne plus écrire. Le coeur est formidable.
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